Passeur de vins

Avec ses yeux qui plissent d’un air malin, sa silhouette qui tient à la fois de don Quichotte et du Petit Prince, François Briclot s’approche de vous, une bouteille à la main. Le sourire qui se dessine finement sur les lèvres attend votre assentiment pour s’élargir et c’est dans un désir partagé, après un moment de recueillement, qu’il vous offre de goûter de ce vin là. Car, pour François Briclot, il n’y a pas « du » vin, mais tel blanc, tel rouge, tel rosé, d’ici ou d’un peu plus loin, fruit de terres argileuses ou calcaires, charbonneuses ou volcaniques, concocté par des hommes et des femmes qui inventent un vin comme on compose un poème, un vin qui leur ressemble, qu’ils élèvent selon leur inspiration, au gré du vent et du soleil. La poésie, ça peut aussi se boire !

Le petit garçon dont le nez si sensible à l’odeur des champignonnières de la cave de son grand père, devenu ingénieur, dissimulait entre le dossier de la Compagnie Française de Raffinage et celui d’Usinor, une publication intitulée « mais en vain », pleine d’informations juteuses sur les vignobles du Languedoc, de Loire, du Rhône et du Beaujolais. Déjà, il en faisait profiter tout le monde en organisant des dégustations aux heures de pose. En 1987, il abandonne définitivement les pompes à eau pour devenir propriétaire d’un bar à vins : « le Rouge-Gorge », rue Saint Paul, dans le Marais, à Paris.

Depuis, infatigable, il poursuit son chemin à travers les vignobles, un verre à la main et un peu de terre aux souliers, pour ramener de nos campagnes des beautés singulières. Il les couche dans la cave du Rouge - Gorge où elles sommeillent en attendant leurs princes charmants. Quand celui-ci se présente, le Passeur le laisse d’abord descendre seul à la cave. Le prince s’approche des dormeuses et s’éprend de l’une ou de l’autre. C’est alors que discrètement il le rejoint et égrène à son oreille les mille et une fragrances de la belle, dévoilant son intimité chatoyante. Bientôt, chacune à son tour déployant ses atours laissera dans sa gorge la trace de sa singularité. Le bienheureux prétendant s’étonnera de tant de fraîcheur et de plaisirs inconnus dans un monde où, faute d’audace,on se doit d’honorer toujours les mêmes vieilles bouteilles institutionnalisées.

La mission du Passeur n’est-elle pas de réveiller les consciences endormies ?

Catherine Clémenson

Catherine Clémenson est l’auteur d’ « Intime connexion » paru aux Editions Maurice Nadeau en 2003 et de l’ « Officiante », paru aux Editions du Seuil en 2005.


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François briclot

Le concept du Salon des Vins d’Auteurs


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