Texte de Jean-Paul Rocher

Jules Chauvet 1907-1989

« Nous passons à côté de personnes remarquables. Un jour, nous constatons notre étourderie, notre erreur, mais c’est trop tard. Ainsi ai-je raté les écrivains Romain Gary, Georges Perros, Fernand Braudel, etc. Aucun rapport avec les précédents, car c’était un savant, un négociant et un vinificateur : Jules Chauvet, de la Chapelle-de-Guinchay. »
Bernard Pivot ( Dictionnaire amoureux du vin, 2006)


Jules Chauvet, né en 1907 dans le Beaujolais, disparu en 1989, nous laisse un exemple rare de modestie, de probité intellectuelle et de dévouement à la cause scientifique Alors que sa position de négociant en vins lui commandait de veiller au profit de l’affaire familiale, il n’a surtout vécu que pour l’étude, la recherche pure et l’expérimentation (pour cette dernière, il ne reculait pas à mettre en jeu sa propre récolte). En dépit de cet engagement total toujours générateur d’isolement – engagement qu’il qualifiait lui-même de « sacerdoce » -Jules Chauvet était resté viscéralement attaché à son pays, à sa maison, à ses vignes, à ses viticulteurs proches, auxquels il prodiguait inlassablement ses conseils aux heures critiques. Il a aussi formé à sa discipline des jeunes stagiaires qui ont participé à ses travaux ainsi que de nombreuses personnalités du monde du vin : scientifiques, œnologues, techniciens, restaurateurs. Il était aidé dans sa connaissance du vin par un sens olfactif hors du commun, qui lui a inspiré des « notes de dégustation » impérissables et aussi permis - dans une célèbre conférence « La dégustation des vins, son mécanisme et ses lois » prononcée devant les délégations étrangères à la foire des vins de Mâcon en 1951 - de décrire les principes de la dégustation moderne. Cette communication eut immédiatement un fort impact au plan international : elle fut traduite aussitôt en anglais, en allemand, en italien…Mais bien d’autres de ses communications ont fait avancer la recherche œnologique dans de nombreux domaines, en particulier ses travaux concernant la macération carbonique, l’étude des levures, la fermentation malolactique, etc. Jules Chauvet aimait la nature et sa complexité, il disait « qu’il valait mieux l’étudier pour apprendre à mieux la connaître afin de travailler avec elle, plutôt que de la contrarier ». Aujourd’hui de nombreux vignerons ont retenu ses leçons et de plus en plus le découvrent (certains sans le savoir font du Chauvet), son influence est grandissante ; moins de soufre à la vinification (parfois pas du tout), de l’hygiène, le respect des sols et de la plante, des petits rendements… Désormais son œuvre diffusée et reconnue, continue de vivre à travers l’expression vivante de nouvelles générations de vignerons, c’est sans aucun doute la reconnaissance qu’il aurait espéré.

Jean-Paul Rocher


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